debout les damnés de la terre

Le Manifeste - N° 7 - Juin 2004

 

Budget de l'armement
Une politique qui menace
la paix

Depuis de nombreuses années, tous les partis politiques ont évité avec soin le débat sur les choix militaires, se limitant, par la propagande, à la définition du concept de menace. Mais ils refusent par ailleurs de rechercher les causes réelles de la dite menace.
Dans ces conditions, les majorités de droite et de gauche ont voté et appliqué les lois de programmation et les budgets que présentaient leurs ministres.

L’énormité des sommes dépensées pour l’armement, la mise en état, le fonctionnement des armées, concernent au premier chef les citoyens de notre pays. Déjà le budget 2005 se prépare, il est donc possible d’intervenir dès maintenant sur les choix du gouvernement.
Arrêtons-nous sur les chiffres 2004. ils sont révélateurs à deux niveaux :
1°) de ce que seront les dépenses 2005
2°) de l’abîme où ont été englouties, depuis 20 ans, des sommes considérables qui auraient été en partie mieux employées par des élus et des gouvernements plus soucieux du véritable intérêt national, en combattant efficacement la misère.
D’après le rapporteur spécial du budget, Maurice Blin, sénateur, la totalité du budget de la défense en 2004 est de 51,565 milliards d’euros dont 9,16 milliards de pensions. Par rapport aux crédits votés en 2003, la progression est de plus de 4,3 % (que nous réserve 2005 ?). Les crédits de fabrication d’armement, et le nucléaire (titre V et VI) s’élèvent à 14,90 milliards d’euros contre 13,64 milliards en 2003, soit plus de 9,2 % d’augmentation.
La France se place ainsi en tête des pays européens pour les dépenses en pourcentage du produit intérieur brut (Pib).
À titre de comparaison, d’après la même source, notre pays, pour 100 000 habitants, compte 303 médecins contre 395 en Belgique, 354 en Allemagne et 312 pour le Portugal, qui est en-dessous de la moyenne européenne de 316.

15 000 militaires hors
de nos frontières

Le titre III qui comporte le fonctionnement des armées et le recrutement s’élève à 17,50 milliards d’euros, soit plus 0,45 % par rapport à 2003.
La ministre Alliot-Marie a commenté en commission ces chiffres déclarant que les crédits proposés « respectaient strictement les objectifs fixés par la loi de programmation militaire 2003-2008 » (loi élaborée par Jospin et son ministre socialiste Richard). Mme Alliot-Marie, toujours à la commission, insiste : « Sur la signification triplement politique… d’un budget qui n’est pas un budget comme les autres » se traduisant par « la présence de 15 000 militaires hors de nos frontières ».
L’importance des 14,9 milliards d’euros d’armement a des conséquences redoutables. Il est reconnu que c’est le premier budget d’investissement de la France. Il militarise, il sclérose la recherche et l’investissement. En revanche, il alimente des profits considérables pour les grandes entreprises d’armement privatisées aussi bien par la gauche que par la droite. Fait peu connu, les transferts d’armement produisent et alimentent l’insécurité.
Un rapport au Parlement sur les exportations d’armements (Dicod 2002) donne en millions d’euros :
Algérie : 73
Burundi : 1,9
Rwanda : 25,7
Inde : 1359,9
Pakistan : 2124,2
Israël : 174,4
Fournisseurs d’armes à ces pays, les gouvernants français ont accentué l’instabilité. Ils sont en partie responsables des crimes commis dans ces pays. Ils sont coupables du développement du terrorisme.
Depuis vingt ans, ce que l’on n’appelle plus défense nationale, repose sur deux piliers : la frappe nucléaire et la projection de forces à l’extérieur.
La similitude avec la théorie militaire des États-Unis est évidente, elle est à la base des objectifs européens complémentaires de l’Otan.

Nous sommes loin de l’armée
de la nation

C’est tromper les peuples que de faire croire qu’il existerait une indépendance européenne. Que, ici et là, existent des nuances liées aux intérêts particuliers, aux chasses gardées est un fait que ne dément pas le consensus politique qui peut se résumer ainsi : « utiliser la force armée pour maintenir le régime capitaliste et ses intérêts économique, politiques, culturels ». Nous sommes loin de l’armée de la nation, de la défense du territoire.
Il existe tout un florilège utilisé par les politiciens pour cacher leur objectif fondamental : « droits de l’Homme » dont la notion sélective est bien connue : « société libérale, démocratie ». En fait, pouvoir du capital, « monde libre, droits des minorités » à l’exemple du Moyen-orient et de l’Irak comme de l’Afrique ou de l’Amérique latine…
Chacun peut y apporter, à son gré, la formule la plus apte à jeter le trouble. L’important est de cibler sa clientèle électorale. Derrière l’hypocrisie des mots, ces choix vont à l’opposé des intérêts des peuples. Ils sont l’inverse d’une politique de paix. Ils n’ont, depuis vingt ans, apporté que la guerre dans le monde, augmenté l’insécurité et nourri le terrorisme. Imposer aux peuples des choix de société, piller les richesses, briser les cultures sont les éléments dévolus à la force militaire tout puissante, grâce à ses armes sophistiquées, à sa force nucléaire, à la professionnalisation de l’armée devenue mercenaire, dangereuse aussi au plan intérieur.
L’aberration est telle que, sous prétexte de lutter contre le terrorisme, celui-ci s’est généralisé. Avec pour conséquence toujours plus d’armes, toujours plus de soldats.
À l’Assemblée nationale, lors de la discussion budgétaire, députés de droite et de « gauche » ont rivalisé dans le consensus. Un député communiste a même eu la phrase suivante : « Enfin s’agissant des crises et guerres régionales, une action préventive est nécessaire, suivie, en cas d’échec d’une intervention de l’Onu rénovée et démocratisée, sous réserve, d’une définition internationale des critères d’intervention » ! Naïveté ou perversion ? Constatons que la précaution sémantique ne cache pas la conversion à la politique interventionniste pour des objectifs bien éloignés de l’intérêt national.
L’objectif du capital aujourd’hui est d’intervenir partout dans le monde, en disposant d’une force professionnelle, sans état d’âme, capable de tout (comme en Irak).
Et cela coûte cher, très cher. D’après le rapport de M. Tucy, sénateur, le surcoût des opérations extérieures pour 2003 s’élevait à 629 millions d’euros. Pour le seul titre III (personnel, transport, fonctionnement), ces coûts s’établissaient en 2001 à 525,4 millions, en 2002 à 546 millions répartis ainsi, entre autre :
Kosovo, Macédoine : 209,05 – 5 350 soldats
Bosnie : 91,80 millions – 2 461 soldats
Afghanistan : 130,52 millions – 2 783 soldats
Tchad – Côte d’Ivoire : 58,09 millions – 1 210 soldats
Au total, en 2002, 13 519 militaires étaient mobilisés sur les différents théâtres d’opérations extérieures. En 2003, 15 000 soldats sont à l’étranger.
Les interventions extérieures sont complémentaires de celles des États-Unis et de l’Otan qui étudie une force de projection (nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir à propos du sommet de l’Otan). L’Europe indépendante est dans les faits bien éloignée.

Cette politique menace la paix

Dans cet esprit, la force nucléaire française destinée pendant la guerre froide à être complémentaire de l’Otan est aujourd’hui le beau cadeau déposé dans la corbeille de la mariée de l’Europe des 25.
« Seul, le nucléaire continue de représenter une part à la fois très importante et stable du budget de la défense » déclare Maurice Blin. Il absorbe plus de 20 % du titre IV (fabrication d’armements), il connaît une croissance de 5 % dans le budget 2004.
Lae politique militaire de la France se veut un élément du bras armé, destiné à écraser les peuples qui veulent vivre libres de leurs richesses, refusant la domination de la bourse et du roi dollar.
Cette politique menace concrètement la paix. Elle instaure le règne de l’arbitraire. Elle inaugure le règne des États terroristes.
Dénoncer cette politique ne peut que favoriser l’action concrète contre la militarisation des relations internationales, contre la course ruineuse aux armements. Il est temps de lutter pour tous les peuples y compris pour que le peuple français puisse maîtriser son destin, avoir le droit de choisir la société et le régime politique qui lui convient.

Serge Boucheny