Le Manifeste - N° 7 - Juin 2004

 

Éditorial

Touche pas à ma sécu

On connaît maintenant le plan du gouvernement pour torpiller la Sécu. Il utilise le déficit de l’assurance maladie comme un leurre pour mener ses basses œuvres. L’attente ménagée pendant des mois et la dramatisation médiatique qui entoure cette affaire du « trou » de la Sécu peut donner le sentiment que Douste-Blazy a accouché d’une souris. Mais cette souris là ressemble plutôt à un rat qui s’apprête à grignoter encore le pouvoir d’achat déjà bien entamé de la majorité de la population et à torpiller ce qui restait encore d’avancées sociales dans la gestion de notre Sécurité sociale. Faire payer les malades, les retraités et les salariés, (qui seraient) de plus des fraudeurs et des coupables en puissance en exonérant toujours plus le patronat, voilà la grande idée !
Décidément, la droite a l’imagination bornée à l’horizon des coffres-forts. D’un euro de plus par consultation à l’augmentation du forfait hospitalier, de l’augmentation de la ponction sur les retraites à l’aggravation des cotisations pour les salariés, du non-remboursement de médicaments au naufrage de l’hôpital, la note est salée. Son programme réactionnaire d’aujourd’hui est une rupture historique avec le contenu social et économique du programme du Conseil national de la Résistance de 1944.
Pendant ce temps, évidemment pas un mot sur les patrons (à commencer par l’État) qui ne payent pas leurs cotisations, ni sur les grands groupes pharmaceutiques qui vont pouvoir continuer à faire des affaires, à mordre dans le fromage de la sécu et à se concentrer pour dominer encore plus le marché. Pas un mot non plus sur les revenus financiers, jamais mis à contribution.
Pas étonnant dans ces conditions que le Medef se soit déclaré satisfait de ces mesures et qu’il ait affiché son intention de réintégrer les organismes de gestion de la Sécurité sociale. D’autant, et c’est là pour lui l’essentiel, que sont entièrement satisfaites ses exigences de torpillage de la gestion de la Sécurité sociale. Sous couvert d’étatisation, la privatisation est en marche, les salariés et les assurés marginalisés, le pont-levis ouvert aux assurances privées.
En fait, depuis la Libération, la grande bourgeoisie française n’a jamais accepté l’instauration de la Sécurité sociale gérée à l’époque par les représentants des salariés. Elle a toujours cherché à la remettre en cause, comme elle ne tolère d’ailleurs aucune conquête sociale ni les droits des travailleurs, ni la réduction du temps de travail.
A l’opposé de cette politique de régression sociale, il faudrait non seulement se battre pour défendre la Sécu, mais lutter pour imposer la gratuité véritable des soins.
Cela coûterait ? Bien sûr… Mais les mêmes qui trouvent insupportable que l’assurance maladie enregistre un déficit de quatorze milliards d’euros, somme toute dérisoire par rapport au budget global de la Sécu et aux besoins populaires de la santé, considèrent tout à fait normal d’engloutir des sommes autrement colossales dans l’armement ou les opérations spéculatives et rachats d’entreprises.
En fait, la question est de savoir ce que le pays est prêt à consacrer à sa politique de santé. Un pays développé comme la France est en mesure d’assurer à tous une médecine gratuite et de qualité comme il fut capable de le faire à la Libération dans une situation économique nationale catastrophique. C’est à l’évidence l’un des enjeux de classe majeur d’une République vraiment démocratique et sociale qui prendrait au mot sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Dans ce combat, rien n’est fatal. Tout est question de lutte. Nous appelons à participer massivement aux initiatives et manifestations pour la défense de notre Sécu.
 

Francis Combes, André Gerin, Freddy Huck