à vif...

Le Manifeste - N° 7 - Juin 2004

 

Les incertitudes de la démocratie

Commentant l’attribution de la Palme d’or par le jury international du Festival de Cannes 2004 présidé par un grand réalisateur étasunien, au documentaire de Michael Moore, Suzy De Francis, porte-parole de la Maison Blanche, déclare : « L’Amérique est un grand pays où chacun peut dire ce qu’il veut. » Nouvelle et splendide utilisation de la classique preuve par l’absurde de la nature démocratique de l’impérialisme de son pays, comme si l’aveu d’une faute induisait non seulement sa demi-absolution mais encore la plus éclatante démonstration possible d’une qualité démocratique. Sans doute faudrait-il, si l’on ne pratique pas un antiaméricanisme primaire, considérer que le camp « Nuit et Brouillard » de Guantanamo et que la mise en condition des prisonniers irakiens par toutes sortes de moyens que condamnent les lois internationales, pour obtenir d’eux un meilleur rendement dans les interrogatoires menés par les services secrets officiels ou leurs sous-traitants privés, pour peu qu’on laisse filtrer au compte-gouttes quelques photos bien médiatiques que personne à Pigalle n’oserait vendre sous le manteau, démontrent incontestablement que les États-Unis sont les meilleurs champions des droits de l’homme.
« Ah ! doivent penser les Irakiens, cette “démocratie” que vous nous apportez par le fer et par le feu, ça ne nous épate pas, on connaissait depuis longtemps. À ce compte-là, notre Saddam était quand même un sacré démocrate. »

Bernard-G. Landry