groupons-nous et demain

Le Manifeste - N° 6 - Mai 2004

 

Après les régionales
et dans la perspective des européennes

La France a besoin
d'un vrai parti communiste

Après les résultats des élections régionales et cantonales de mars dernier et quelques semaines avant l’élection européenne, le débat doit s’engager parmi les communistes. Un premier bilan des régionales montre bien que quand les communistes redeviennent eux-mêmes, ils marquent des points comme c’est le cas dans le Nord ou en Picardie. Dans cette situation où la droite est majoritairement rejetée, notre pays a de plus en plus besoin d’un vrai parti communiste et révolutionnaire. Il n’y a pas d’autre issue que de reconstituer une vraie force communiste, combative et rassembleuse. Dans quelle mesure les élections européennes peuvent-elles être un moment de l’affirmation de positions anticapitalistes claires. Le Manifeste lance le débat avec Maxime Gremetz, Conseiller régional et député de la Somme qui conduisait la liste aux régionales en Picardie et Jean-Jacques Karman, Vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis.

Les élections régionales ont, pour la première fois depuis trente ans, traduit un redressement net et sans équivoque de l’influence du parti communiste. Ce résultat inattendu est né de la colère de ceux qui subissent les ravages du bulldozer antisocial conduit par Raffarin et son gouvernement.

Un immense espoir

Mais le résultat des listes communistes suscite aussi un immense espoir. Nous devons sans attendre en tirer tous les enseignements tant pour les prochaines élections européennes que pour la reconquête par le P.C.F. de l’espace politique indispensable à la reconstruction d’une alternative au capitalisme.
Les raisons multiples de la remontée des communistes aux régionales méritent une analyse attentive, mais un constat s’impose d’emblée avec force : le succès des listes communistes comme celles de toute la gauche est avant tout l’expression d’un rejet massif de la politique ultra-libérale menée au pas de charge par la droite depuis 2 ans.
Là où nos listes ont progressé sensiblement, nous avons su redevenir une force qui porte la colère de ceux qui se battent chaque jour pour vivre, écrasés par la précarité, le chômage et la menace permanente de licenciement. Si un redressement s’amorce c’est que le Parti communiste commence à retrouver sa capacité à être la force des révoltés, il apparaît à nouveau comme le combattant des injustices.
Mais cette identité, qu’il faut reconquérir dans les quartiers, les entreprises, auprès du mouvement social et syndical, n’est pas la seule vocation des communistes. Notre rôle est également d’inventer, de proposer et de soumettre au débat des solutions alternatives à celles du libéralisme mondialisé.
Or, aux élections régionales aucun parti, aucune liste à gauche n’a emporté une majorité des suffrages par adhésion des électeurs à son projet. Même les socialistes l’admettent et annonce ouvrir le chantier d’un projet pour « l’alternance ».

Un défi
extraordinaire

Pour les communistes, le défi est autrement plus vaste. Quelles propositions allons nous porter pour que le vote communiste soit à la fois une arme contre la politique libérale, quel que soit le gouvernement qui la mette en œuvre, et l’expression du rassemblement autour d’un projet alternatif au capitalisme ?
Certaines de nos listes aux régionales ont obtenu un résultat à deux chiffres, or ce sont justement celles qui avançaient des propositions concrètes dans tous les domaines où des millions de femmes et d’hommes sont victimes de la régression libérale depuis tant d’années.
Licenciements, précarité, éducation, logement… là où, sur ces enjeux, les communistes ont porté des solutions alternatives et crédibles nous avons considérablement progressé.
Intervenir dans chaque bataille, combattre le capitalisme avec les salariés et les chômeurs, en proposant des mesures concrètes. Enrichir nos projets dans le débat avec les hommes et les femmes que nous rencontrons. Ouvrir avec eux des perspectives de changement immédiat, c’est la démarche communiste que nous devons reconduire sans attendre pour les élections européennes. […]

Ne pas se tromper
de chemin

Comme toujours aucune proposition concrète qui pourrait donner corps à une Europe sociale n’est mise en débat. Au contraire, la direction se contente de clamer qu’il faut une autre Europe ou des institutions plus démocratiques, comme si le contenu d’une nouvelle construction européenne n’avait pas d’importance, l’essentiel étant de constituer les listes électorales.
N’avons-nous pas décidé que tout rassemblement, notamment électoral, devait se construire à partir d’un projet politique clairement défini, après un débat sur les idées et les propositions ?
Plus encore, la direction nationale incapable d’élaborer une ligne politique, une stratégie, lisible et efficace, ou refusant de le faire, cherche à nous imposer la constitution d’un parti européen. En effet, les communistes vont être consulté sur leur adhésion à un « Parti de la gauche européenne » sans savoir quel contenu politique fonde de cette nouvelle organisation. Aucune indication n’est donnée sur le projet pour l’Europe que porte ce nouveau Parti ni même sur les orientations qui déterminent l’adhésion du PCF et des autres formations européennes.

Un parti
de la gauche européenne :
la dérive !

Alors que plus que jamais nous avons besoin d’un rassemblement des forces progressistes en Europe afin de débattre, de confronter nos propositions et de nous rassembler autour d’un projet commun, la direction nous suggère d’entériner notre participation à un Parti politique stérile, en reproduisant une démarche d’alliance sans contenu qui a suffisamment coûté aux peuples et au communistes par le passé.
Dans la lutte qui s’engage, à quoi servira un parti dont le seul but affiché est de se doter d’une direction bureaucratique et de statuts qui lui permettent de fonctionner sans dire ses objectifs politiques. Sans compter le montant exorbitant qu’il nous faudra verser pour adhérer à ce soit disant parti de la gauche européenne.
Nous appelons les communistes ainsi que tous les progressistes européens à s’opposer vigoureusement à la création de cette structure, parce qu’elle incarne exactement l’inverse de ce qu’il faut faire pour rassembler les forces de transformation sociale en Europe.
Nous refusons de nous fondre dans un carcan centralisé ; l’avenir naîtra de la mobilisation des forces de chacun dans le combat autour d’un projet construit en commun. […]

Proposition
pour une autre Europe

Contre le principe de subsidiarité libérale, la subsidiarité sociale peut être l’un des fondements d’une nouvelle construction européenne.
Aucun peuple d’Europe ne souhaite voir l’Union européenne se substituer au États qui en sont membres. Pourtant, l’articulation actuelle entre les règles européennes et les règles nationales suit le modèle unique de la substitution des premières aux secondes, par ce qu’on appelle la « primauté du droit communautaire ». Là où l’Union est compétente, ses normes brisent systématiquement la réglementation des États.
Cette situation se traduit par le démantèlement de tous les mécanismes de solidarité sociale nationale, acquis de haute lutte par les travailleurs européens. Elle vise en définitive à supprimer toute possibilité d’alternative au capitalisme et à la domination du marché.
En proposant que le principe de « subsidiarité sociale » devienne l’un des fondements d’une nouvelle construction européenne, nous voulons changer radicalement le sens de cette construction.
La subsidiarité sociale consiste à modifier en profondeur le rapport entre les règles européennes et les règles nationales, en faisant toujours prévaloir celle qui socialement est la plus favorable. […]

Maxime Gremetz