le monde va changer  de base

Le Manifeste - N° 6 - Mai 2004

 

Colombie
Conflit de misère

Caricaturé par la presse qui ne retient que l’enlèvement d’Ingrid Bétancourt par les FARC, on oublie que le conflit colombien dure depuis 40 ans.

La majorité des victimes en Colombie sont des civils, pris au piège entre militaires, paramilitaires et groupes armés révolutionnaires. Ces civils sont considérés tantôt comme « collaborateurs », tantôt comme « sympathisants des groupes armés ».

Une situation
politique et sociale explosive

Les mouvements d’opposition sont nés en 1960 dans un contexte de lutte pour la terre entre les grands propriétaires terriens, les petits agriculteurs et les paysans sans terre. Une politique d’exode forcé des paysans et des « indigènes » a été systématiquement menée par les différents gouvernements en Colombie. La réponse des autorités aux demandes de redistribution des terres s’est toujours structurée sur la violence : expulsions et massacres qui n’ont fait qu’aggraver la concentration des terres aux mains des grands propriétaires terriens et entraîné l’exode intérieur de plus de 3 millions de personnes. Au-jourd’hui 53 % des terres appartiennent à 1 % des agriculteurs.
Cette politique, qui ne date pas de la prise de fonction d’Alvaro Uribe, a été menée grâce à la collusion de l’état, des grands propriétaires fonciers et des milices paramilitaires.
Les groupes paramilitaires ne sont pas nouveaux dans le paysage politique en Colombie. État et paramilitaires ont toujours fait bon ménage. L’État fait appel aux milices pour détruire le tissu social qui soutient les mouvements d’opposition. Il ne s’agit donc pas de mouvements incontrôlés, censés s’être constitués pour lutter contre les abus des guérillas. Dénoncés régulièrement par la presse, les associations et les institutions internationales, les groupes paramilitaires sont responsables de milliers de meurtres de civils, d’assassinats politiques, de prises d’otages, de déplacements de populations. L’Union patriotique (Up), mouvement politique des Farc, a disparu du paysage politique : tous ses mem-bres ont physiquement dispa-ru ! Enfin, pour compléter le ta-bleau, ces mili-ces appelées Autodéfenses unies de Colombie (Auc) sont financées par le trafic de drogue, qu’elles dirigent.

Uribe,
dans la continuité
d’une politique d’affrontements

Élu avec 53 % des voix (et 52 % d’abstentions) en août 2002, Alvaro Uribe Velez a mis un terme à toute velléité de justice sociale, réservant l’aide de l’état aux seuls « projets productifs de caractère entrepreneurial », un plan financé aux 2/3 par la B.M !
C’est un propriétaire foncier, lié en son temps au cartel de Medellin, promoteur le plus important des Convivir qui, à partir de 1994, avec l’aide de la Cia et du Pentagone, ont permis de légaliser les réseaux de tueurs à gage au service des narcotrafiquants et des propriétaires fonciers. Fort de l’appel à la lutte contre le terrorisme lancé par G. W. Bush après le 11 septembre 2001, Uribe a obtenu de nouvelles aides conséquentes des États-Unis en matière de financement et de renseignement militaire pour transformer tout l’appareil d’état et toute la société en un vaste réseau d’informateurs et de miliciens. Aucun citoyen ne pourra se déclarer neutre.
Uribe a déclenché une véritable chasse aux sorcières. Les arrestations se multiplient, toutes les personnes arrêtées sont accusées de faire partie de la guérilla ou d’en être sympathisants.
Or les Farc et l’Eln (Armée de libération nationale) sont dispersés sur tout le territoire. Il n’existe pas de zones occupées militairement par l’Eln ou par les Farc. Il est donc très difficile de les identifier et de les combattre, ce qui implique pour les autorités cette politique de terreur menée à l’encontre de la population.
Chaque année, les Farc procèdent à des centaines d’enlèvements contre paiement d’un « impôt révolutionnaire » et la libération de leurs prisonniers.
Ils veulent ainsi déstructurer la « gouvernabilité » locale en menaçant les autorités.
C’est une guerre menée contre le gouvernement colombien, contre les États-Unis qui ont toujours soutenu les différents régimes en Colombie, contre les multinationales américaines qui pillent les ressources naturelles du pays, pétrole, charbon, gaz, production électrique, et toute la biodiversité de l’Amazonie. L’enjeu restant la propriété de la terre et de ses richesses…
Le gouvernement d’Alvaro Uribe refuse de négocier la libération des otages et envisage une intervention militaire pour les libérer.
Mais aucune solution militaire ne pourra régler un conflit engendré par la misère, la privation des ressources de la majorité d’une population méprisée et terrorisée. Le seul espoir de paix pour la Colombie passe par la redistribution de leurs terres aux petits paysans et aux Indiens, l’arrêt des massacres des villageois et l’arrêt des assassinats, une véritable lutte contre les narcotrafiquants et l’arrêt du pillage des matières premières.
Il s’agit en quelque sorte d’une histoire d’urgence pour un changement de société.

Marie-Catherine Andreani

Un petit tour...

Capitale : Santa Fe de Bogotá
Superficie : 1.141.748 Km2
1 300 km de côtes sur l'Océan Pacifique et 1 600 km sur la Mer des Caraïbes.
Population : Environ 40 millions d'habitants
Répartition de la population : 75% dans las regions andines, 21% côte caraïbe, 4% côte pacifique.
Découpage : La Colombie est divisée politiquement en 32 départements.
Langue officielle : espagnol.
Autres villes importantes : Medellin, Cali, Barranquilla, Cartagena.

Sa variété topographique et climatique fournit à la Colombie une énorme diversité de produits agricoles : Café (2e exportateur mondial de café doux, après le Brésil), coton, riz, maïs, sorgho, soja, céréales, manioc, palmes africaines, cacao, tabac, canne à sucre, fruits tropicaux, fleurs, etc. La Colombie est le premier producteur d'émeraudes et de cuir en Amérique du Sud et occupe une place importante pour la production de platine, d'or, d'argent et de pétrole.

Source :
http://www.colombiaweb.net