la terre n'appartient qu'aux hommes

Le Manifeste - N° 6 - Mai 2004

 

Fusion Crédit Agricole / Crédit Lyonnais
Pour un pôle public de financement

La logique voudrait qu’on ne parle pas de fusion, mais bel et bien d’absorption de la banque au lion par la banque verte. Si l’acquisition du Crédit lyonnais par le Crédit agricole a un temps défrayé la chronique, c’est bien la restructuration du monde bancaire qui était déjà à l’ordre du jour lors de cette gigantesque opération.

Vers la fin des années 80, on assiste à une véritable privatisation du Crédit agricole. Puis au cours de la décennie 90, c’est la restructuration avec au cœur la rentabilité et son corollaire, la destruction de l’emploi. Le premier effet, parallèle à la dégradation des conditions de travail a été la croissance exponentielle des résultats financiers. Le début de la croissance externe a suivi avec les aventures à l’étranger ; Asie du sud-est, Russie, Argentine et les acquisitions en France, Indosuez, Sofinco pour les plus marquantes et déjà l’entrée en force au capital du Crédit lyonnais.
L’époque où les « affaires du Lyonnais » faisaient la une de tous les journaux, où les contribuables ont comblé « le trou », et où les salariés subissaient plans sociaux sur plans sociaux pour perdre plus de 10 000 emplois.

Le bons sens
près de chez vous ?

Le Crédit lyonnais s’est refait une santé et a donc fait des envieux, aidés en cela par le gouvernement Raffarin qui a organisé la curée et fait monter les enchères avec l’aide de Bnp-Paribas. Pour mieux se placer dans la course, le Crédit agricole entre à la bourse avec la ferme intention d’être coté au Cac 40. De toute son histoire c’est sans conteste le phénomène le plus marquant, concrétisant ainsi l’aboutissement de sa mutation.
Il y a belle lurette que l’image d’une banque proche du terrain avec un fonctionnement mutualiste est cassée. Les conseils d’administration, bien qu’ils persistent dans leur existence, ne font qu’entériner des décisions qui sont prises ailleurs et se retrouvent eux-mêmes de plus en plus éloignés des usagers. Le mutualisme n’est qu’une façade, destiné à véhiculer l’image « du bon sens près de chez vous ». L’objec-tif premier n’est plus de tenir des parts de marché en favorisant le développement économique local mais tout est organisé pour faire croître la rentabilité au niveau du groupe, de façon de plus en plus centralisée dans le seul but de satisfaire les appétits exorbitants des actionnaires. Cette politique axée sur la rentabilité financière a, comme dans les autres secteurs économiques, des conséquences dramatiques sur l’emploi.
Pour l’Union nationale des syndicats Cgt du Crédit agricole (Unecca), le Crédit agricole perd depuis plusieurs années des parts de marché sur ses métiers traditionnels. L’Union s’est toujours opposée à la restructuration, mettant parfois en échec des projets de fusion. Malgré la tentative de marginalisation, l’Union, d’abord seule à combattre la cotation en bourse du Crédit agricole, a trouvé un écho favorable chez les salariés des Caisses régionales. Très majoritairement les comités d’entreprise, consultés sur l’entrée en bourse, se sont prononcés contre, toutes organisations syndicales confondues. Le même scénario s’est reproduit lors de l’acquisition du Crédit lyonnais.
Le Crédit agricole veut maintenant, rapidement rentabiliser son investissement et il l’affiche clairement. Pour réaliser cela : supprimer 4 600 postes de travail.
La chasse est terminée, c’est maintenant la curée. Les dirigeants qui ne respectaient pas la ligne ont été remerciés avec des indemnités conséquentes. On retrouve, les Caisses régionales avec un certain nombre de leurs présidents, installées majoritairement dans les conseils d’administration des principales filiales du nouveau groupe. C’est dire si le Crédit agricole a changé : des présidents de Caisses régionales coopératives à caractère mutualiste perçoivent des jetons de présence ! Au même titre que les plus ardents défenseurs du libéralisme. Un comble !
Sur le plan social, la signature d’accords dits de méthode, dérogatoires au code du travail ne favorise pas la mobilisation des salariés.

Jeter le bébé
avec l’eau du bain ?

L’Union des syndicats Cgt s’est d’emblée inscrite contre toute forme d’accompagnement des projets patronaux qui annonçaient la restructuration sans licenciement. Le patronat bancaire dispose malheureusement de suffisamment de moyens pour que le temps joue en sa faveur.
Est-il normal que la restructuration n’ayant d’autre objectif que la rentabilité financière immédiate, casse des emplois en vue de l’accroître davantage encore, dans des secteurs considérés par les capitalistes eux-mêmes comme étant déjà très rentables ?
Peut-on accepter que ces dirigeants financiers s’entendent dans des accords secrets avec les gouvernements pour mettre à contribution l’ensemble de la population pour payer soit le « trou » du Crédit lyonnais soit l’affaire « Executive life » au seul profit de quelques uns ?
Peut-on laisser les grands capitalistes décider des orientations financières des groupes financiers en vue de l’enrichissement d’une minorité au détriment du fonctionnement de l’économie ?
Le développement économique ne peut exister que dans le cadre d’un développement de l’emploi, seul créateur de richesse réelle (et non fictive comme à la bourse). Cependant la question du financement du développement ne peut rester sous silence. Les établissements financiers sont aujourd’hui tous privatisés. Même si les nationalisations n’ont pas joué le rôle escompté par ceux qui ont installé une majorité de gauche en France, faut-il maintenant jeter le « bébé avec l’eau du bain » et abandonner aux exigences du Medef, les destinées du peuple ?
La question d’un pôle public de financement de l’économie, sous le contrôle des élus et mandatés de la République, au service du développement de l’emploi, se pose avec de plus en plus d’acuité.

Georges Chapuis