décrétons LE SALUT COMMUN

Le Manifeste - N° 6 - Mai 2004

 

Réaffirmer l'identité communiste

La consultation hâtive organisée par la direction du PCF à propos de la création d’un parti de gauche européen a fait long feu. La question a été repoussée après le 13 juin et les élections européennes.

Ce recul s’opère dans la confusion, mais il montre qu’une majorité de communistes refuse de se prononcer à la va-vite sur une question lourde de conséquences pour l’avenir de leur parti. Le fait est encourageant. Depuis plusieurs mois, les adhérents ont commencé à prendre l’habitude de faire entendre leur voix. Des voix qui fondamentalement, dans une large palette de nuances, se prononcent pour réaffirmer avec force l’identité communiste.
On se souvient que lors du dernier congrès, le texte de la direction ne l’avait emporté que d’une courte majorité et que cette dernière avait dû se livrer à de laborieuses manœuvres pour obtenir un conseil national largement dévoué à sa cause mais qui ne représente plus grand-chose. On peut raisonnablement penser, aujourd’hui, que la ligne de renoncement de la direction est minoritaire dans le parti.

Pas une organisation
communiste

Aux élections régionales, celle-ci n’a pas pu empêcher la constitution de listes communistes dans quelques régions. La première secrétaire du parti s’est même résignée à conduire une liste, certes pâlotte, mais qui se distinguait malgré tout du parti socialiste. Si cette attitude lui a valu quelques jours d’état de grâce après les résultats que l’on sait, la désastreuse manœuvre autour du parti de gauche européen a remis les pendules à l’heure.
Sommes-nous quitte pour autant ? Non. Pas plus demain qu’aujourd’hui, le parti de gauche européen n’est une bonne réponse à aucune des questions actuelles qui se posent au mouvement révolutionnaire. Dans une motion adoptée fin avril, le conseil départemental du Pas de Calais le démontre avec beaucoup de pertinence. Voici l’essentiel de ce texte.
«  Le terme de parti de gauche européen indique bien qu’il ne s’agit pas d’une organisation communiste. Comme le prévoient le préambule et les articles 1 et 2 des statuts, le parti de gauche européen (GE) est une unification de « partis socialistes, communistes, rouges, verts et autres partis démocratiques de gauche des pays membres de l’Union Européenne » dans une « Association flexible et décentralisée »… L’objectif communiste n’est donc pas affirmé. Et l’on comprend pourquoi dans ces conditions, le refus d’adhésion du parti communiste grec, du parti communiste portugais et du parti communiste tchèque de Bohême Moravie. Sur 8 partis européens fondateurs, seuls 3 sont communistes : le PCF, refondation communiste italien et le parti communiste espagnol.
Même si les partis membres de GE sont déclarés « indépendants et souverains » (article 1), leur souveraineté est limitée dans une organisation qui comporte statuts et obligation de les respecter. Par exemple à l’article 2 il est précisé :
«  Une réunion du congrès doit se tenir au moins six mois avant les élections suivantes du parlement européen. »
Et à l’article 10 :
« Le congrès décide des orientations communes pour les élections du parlement européen. »
En clair, les partis nationaux seraient dessaisis de leur souveraineté au profit du PGE sur les enjeux cruciaux européens.
L’adhésion à ce parti de gauche européen suppose la reconnaissance de la construction européenne telle qu’elle a été élaborée dès le début. On sait que la formation de partis européens, prévue par l’Union européenne, permet d’obtenir subventions et reconnaissance dans chacun des pays membres, mais en même temps fait obligation d’accepter l’Union européenne en tant que telle. Et si le manifeste critique certains aspects du Traité de Maastricht, le refus de la constitution européenne élaborée par la convention présidée par Giscard d’Estaing n’est pas évoqué.
Enfin si le manifeste critique le capitalisme « voie unique » et dénonce l’exploitation capitaliste, l’objectif de destruction du capitalisme disparaît des buts de GE exposés à l’article 5 des statuts. »

Hervé Dupin