le monde va changer de base

Le Manifeste - N° 3 - Janvier 2004

 

Guantanamo

Les 650 prisonniers afghans et membres présumés du réseau Al-Qaida détenus sur la base navale américaine de Guan-tanamo à Cuba n’ont aucun statut juridique. Ils ne sont ni prisonniers de guerre, ni prisonniers politiques, ni détenus de droit commun. Le choix de la base navale de Guantanamo ajoute au vide juridique : la Constitution des Etats Unis ne peut s’y appliquer, la base ne se trouvant pas sur le sol américain. Ils sont otages, enfermés dans des cages, coupés de leurs familles, de leurs avocats, des autorités des Etats dont ils sont originaires, qui ne peuvent exercer leur protection diplomatique et demander leur extradition. Les détenus n’ont ni radio, ni télévision, ni téléphone. Il leur est interdit de communiquer avec les autres prisonniers. Ils subissent des interrogatoires à répétition où ils sont emmenés entravés et cagoulés. Ils sont sous calmants. Certains des détenus ont moins de 16 ans, d’autres plus de 70 ans. Les raisons de leur détention ne leur a pas été communiquée, et aucune charge n’a été prononcée contre eux, sinon celle de « terrorisme ».
Il s’agit d’une situation unique dans le monde. La notion de combattant illégal invoquée par les Américains n’existe pas en droit international. Des associations comme la FIDH ou Amnesty International dénoncent le non-respect du droit international et demandent aux Etats Unis l’application à ces prisonniers de la convention de Genève, qu’ils ont acceptée.
En réponse à l’indignation générale soulevée par la situation des détenus à Guantanamo et les conditions dans lesquelles ils vont être jugés, les Etats Unis ont annoncé la construction de bâtiments permanents sur la base de Guantanamo, l’ouverture de tribunaux militaires, et la construction… d’une chambre d’exécution !

M-C. A