LA TERRE N'APPARTIENT QU'AUX HOMMES

Le Manifeste - N° 1 - Novembre 2003

 

Alstom ou la dictature bourgeoise
Casse industrielle à l’œuvre

La Commission européenne vient de refuser à l’État français d’entrer dans le capital d’Alstom. 120 000 emplois sont en jeu mais également l’existence d’un outil industriel national.

La dictature de fait de la bourgeoisie financière est la forme politique du capitalisme contemporain. Marx l’avait prédit. Mario Monti, commissaire européen à la concurrence le démontre.
C’est « à distance des processus électoraux et des groupes de pression » qu’il décide de l’avenir de milliers de travailleurs. C’est le fondé de pouvoir des « hommes d’entreprises » dans « cette grande co-propriété qu’est l’Union Européenne ». 1

Privatisation et casse industrielle

Constructeur du TGV, de tramways, de turbines de bateaux etc, le groupe Alstom est en difficulté. Les exigences à court terme des actionnaires sont évidemment inadaptées à la gestion d’activités lourdes du type de celles d’Alstom. Au bout de la privatisation, il y a la casse industrielle. C’est ce que démontre l’histoire récente de ce groupe. Il est certes victime d’une stratégie inadaptée. Son précédent Pdg avait notamment racheté le fabricant de turbines ABB Ce dernier rencontre des problèmes de fiabilité.
La jungle capitaliste mondia-lisée est aussi en cause. Alstom a notamment été victime de la faillite d’Enron, important client dans le domaine énergétique. Il a enfin connu des « mésaventures ». Parmi celles-ci, la disparition d’une compagnie maritime lui laisse huit paquebots sur les bras.
Les banques l’ont attendu au tournant. Confiantes dans l’avenir d’un si grand groupe, elles ont encouragé son surendettement. Mais elle le font payer : Alstom ne peut aujourd’hui emprunter qu’à des taux prohibitifs. Alors que l’activité productive est globalement rentable, les frais financiers rendent le résultat négatif. Les actions du groupe s’effondrent et l’État voulait en racheter un bon tiers. Il paraît que ça ne se fait pas. Du moins, M. Monti et les Eurocrates en ont-ils décidé ainsi.
Même dans le cadre maastrichien, leur décision est abusive. Le libéra-lisme absolu que veut imposer la constitution européenne est absent de celle de la Ve République. En 1982, le très réactionnaire Conseil constitutionnel avait parfaitement admis qu’on puisse ex-proprier des ac-tions. En acheter au prix du marché n’est pas une « aide ». Cela aurait même pu s’avérer bénéficiaire pour le contribuable 2.
D’un point de vue communiste, il faut rejeter le plan de Francis Mer. Mais pour des raisons exactement inverses de celles de la Commission européenne. L’État est intervenu sans aucun projet industriel. Il n’envisage pas – et pour cause – de financement privilégié s’appuyant sur un secteur public bancaire aujourd’hui défunt pour l’essentiel. Le groupe a entrepris son propre démantèlement en cédant sa branche T&D (transport d’énergie) à Areva (ex-Framatome et autres). Cette « vente par appartements » devient malheureusement une perspective réaliste.
En effet, Alstom perd désormais des commandes par manque de confiance de ses clients. Ce type de production nécessite de longs délais de livraison. La pérennité du fournisseur est un élément du choix. Les aller-retour entre Paris et Bruxelles laissent donc mal augurer de l’avenir. Celui de 120 000 salariés est en jeu mais également l’existence d’un outil industriel national. D’ailleurs le patron de l’allemand Siemens fait part de son intérêt pour une « coopération » dans le domaine du ferroviaire. Tiens donc !

O. R.

1 Le Monde du 14 Octobre.
2 À l’heure où je boucle cet article, le titre est d’ailleurs en forte hausse!