DEBOUT LES DAMNES DE LA TERRE

Le Manifeste - N° 1 - Novembre 2003

 

Accord sur la formation professionnelle
Un pas vers l’employabilité

C’est la première fois depuis trente ans que la Cgt signe un grand accord interprofessionnel avec le patronat. Après trois ans de négociations, la centrale syndicale a rejoint la Cfdt, Fo, la Cftc, la Cfe-Cgc et le Medef le 30 septembre dernier en signant l’accord sur la formation professionnelle.

Il aura fallu plusieurs heures de discussions au sein de la Ccn de la Cgt, pour se décider à signer l’accord sur la formation professionnelle proposé par le Medef. Sur les 113 membres présents, 68 % ont approuvé tandis que 18 % votaient contre et 14 % s’abstenaient. Il n’empêche que ce « oui historique », comme l’a qualifié la presse, divise le syndicat. Seize unions départementales et des fédérations comme la métallurgie, la chimie, les ptt et l’agroalimentaire sont hostiles à cette décision. L’accord prévoit l’instauration d’un droit individuel à la formation (Dif) permettant à chaque salarié de bénéficier de 20 heures de formation par an cumulable sur six ans. Si ce droit reste normatif (applicable à toutes les entreprises), il n’en demeure pas moins que le patronat a obtenu qu’une partie du temps de formation soit effectué en dehors du temps de travail, le salarié ne bénéficiant que d’une allocation correspondant à 50 % du salaire. Alors que pour le Cif (congé individuel de formation) qui reste possible mais de manière restreinte, la formation est décidée par le salarié, dans le Dif l’initiative est « conjointe » à l’employeur et au salarié. On sait ce que cela peut donner dans un certain nombre d’entreprises ; le choix risque bien d’être d’abord patronal quand il sera. Certes les accords de la loi Aubry sur les 35 heures préconisaient déjà cette possibilité de se former en dehors du temps de travail. Mais rien n’interdit de remettre en cause les mauvais accords précédents.

Le consensus

On n’est pas complètement satisfait de l’accord du côté direction de la Cgt qui précise : « il cons-titue un socle commun à tous, un plancher qui ne pourra qu’être amélioré dans les négociations de branches et d’entreprises » (Ma-ryse Dumas, L’Humanité du 2 octobre 2003). Quel optimisme ! Les problèmes qui n’ont pu être résolus au niveau national le seront-ils à un autre niveau ? Et la solution pour les petites entreprises où n’existe ni syndicat, ni Comité d’entreprise est toute trouvée : « le besoin de négocier la mise en œuvre du droit individuel à la formation est justement un appel à créer des syndicats Cgt partout » (Même entretien avec Maryse Dumas). Il fallait y penser bien sûr !
Pour Antoine Wohlgroth, syndicaliste Cgt dans le domaine de la formation, « si la Cgt a signé c’est surtout par opportunité politique, dans le contexte actuel ça peut se comprendre même si l’accord est plutôt mauvais ». Maryse Dumas le dit autrement : « Le gouvernement avait besoin d’un accord signé par une majorité d’organisations, il a fait pression sur le Medef pour que celui-ci réalise les conditions pour y parvenir » et de poursuivre « notre décision de signature n’affaiblit en rien la portée de notre critique. » On comprend mal alors la satisfaction de Fillon (accord « historique »), de Raffarin (« la bonne nouvelle »), de Seillière (« un ac-cord unanime serait évidemment un vrai progrès pour le dialogue social ») ou du PS (« Une bonne nouvelle pour les réformistes de gauche qui voient ainsi leur camp s’élargir »). On croit rêver. En fait, on baigne dans le consensus.
Jean-Luc Bindel, secrétaire général de l’agroalimentaire Cgt, n’y va pas par quatre chemins pour donner son sentiment : « Ainsi, les bénéfices d’une formation pour l’essentiel financée par les salariés eux-mêmes, iraient aux seuls employeurs. C’est un pas vers ce que les patrons appellent “l’employabilité”. Cet accord permet aux patrons d’utiliser pleinement les dispositions de la formation professionnelle pour accompagner leurs restructurations industrielles. »

Jacqueline Laurent