DEBOUT LES DAMNES DE LA TERRE

Le Manifeste - N° 1 - Novembre 2003

 

Danger chômeurs

François Desanti 
Animateur de la CGT-Chômeurs


Quel est le nombre réel de chômeurs en France, aujourd’hui ?
Faut-il se satisfaire des chiffres qui nous sont communiqués actuellement ?
François Desanti :
Nous estimons le nombre de chômeurs à environ 5 millions.
L’UNEDIC indemnise 40 % des chômeurs ; le RMI touche un peu plus d’un million de personnes ; l’ASS en concerne à peu près 500 000. Et il y a tous ceux qui ne sont recensés nulle part : les travailleurs pauvres, ceux qui naviguent dans l’intérim, les contrats à durée déterminée, etc.

De nouvelles mesures viennent d’être prises. Elles amputent un certain nombre de chômeurs de leurs droits, notamment celui de retrouver un emploi dans de bonnes conditions. Quelles sont-elles ?
F.D. :
Côté communication, la confusion est telle que salariés, chômeurs, organisations politiques ou syndicales ne comprennent pas ce qui a été mis en place. Or il y a quatre mesures qui vont toucher un maximum de monde. Elles ont toutes la même signification en termes de violence sociale.
La première de ces mesures concerne l’UNEDIC. En décembre 2002, un accord signé entre le MEDEF, la CFDT, la CFTC et la CGC prévoit de réformer les filières d’indemnisation du chômage. La traduction réelle de la mesure concerne 850 000 allocataires dont les droits vont être amputés de 1 à 14 mois.
La radiation de 850 000 allocataires touche un tiers des personnes indemnisées par l’UNEDIC. Dès le 1er janvier 2004, 350 000 personnes environ vont sortir de l’assurance chômage.
Pour faire avaler la pilule, on nous dit que ces gens vont bénéficier du RMI. Mais qu’ils bénéficient du RMI ou non, leurs droits resteront amputés de 1 à 14 mois. De plus, pour « bénéficier » d’un RMI, il faut satisfaire à un certain nombre de critères. Pour beaucoup, cela se traduira par une indemnisation zéro. C’est vrai aussi pour les jeunes de moins de 25 ans qui sont indemnisés – ils sont assez rares, mais il y en a quand même quelques-uns – qui eux n’ont pas droit au RMI.
À cela s’ajoute la remise en cause du versement de l’allocation spécifique de solidarité (ASS). Cette allocation versée aux chômeurs qui avaient travaillé 5 ans dans les 10 dernières années, est une allocation misérable (environ 2 700 francs). Elle était versée à durée indéterminée. Le gouvernement Raffarin a décidé de la limiter à 2 ans. Au bout de 2 ans, ou les gens basculent au RMI, ou ils ne touchent plus rien. Cerise sur le gâteau, pour les plus de 55 ans, la durée du versement de l’ASS reste illimitée, mais leur allocation sera ponctionnée de 40 %.
La troisième mesure, tout à fait cohérente avec les deux précédentes, est la transformation du RMI en RMA. Cela veut dire que le revenu minimum d’insertion, dont le « i » n’a jamais fonctionné, qui n’a jamais permis à personne de s’insérer ailleurs que dans la misère, est transformé en revenu toujours minimum, mais accompagné d’« activité ». L’aspect insupportable de cette mesure est cette notion de contrainte. Pourquoi on ne propose pas plutôt un vrai boulot ? On va obliger des gens à aller travailler à l’œil pour un patron !
Mais dans la nuance du pire, la précarité et la misère vont pénétrer le monde de l’entreprise. Le RMA, c’est la remise en cause du code du travail, des conventions collectives, des accords de branches, de la notion même de salaire direct ou indirect. Quelqu’un au RMA touchera un complément de salaire, une somme dérisoire, qui viendra compléter le versement de l’allocation. Mais 5 heures de travail par mois seulement seront comptabilisées sur les cotisations sociales. Ce qui rendra impossible toute réinscription à l’assurance-chômage, la sécurité sociale, une retraite décente.
L’ensemble a été décidé et agréé par le gouvernement Raffarin. Autrement dit, la collusion affichée depuis l’arrivée de la droite au pouvoir avec le patronat est tout à fait avérée par ces mesures.
Enfin, la quatrième partie, mais qui n’est pas nouvelle, concerne le PARE. C’est-à-dire le règlement coercitif du système d’assurance-chômage qui contraint à tellement d’obligations qu’on en est aujourd’hui à plus de 400 000 radiations dites administratives, de fait punitives.

Comment la CGT-Chômeurs s’organise-t-elle face à ces mesures coercitives ?
F.D :
La CGT-Chômeurs a des revendications très concrètes. Elle souhaite la création d’un système unique d’assurance-chômage qui couvrirait toute la population privée d’emploi et serait calculée sur la base de 80 % du SMIC. C’est une question de justice sociale. Mais qui s’inscrit dans une logique de retour à l’emploi. Pourquoi ? Parce que plus les niveaux d’indemnisation sont bas, plus les périodes de chômage sont longues. Or on a calculé que la recherche d’un emploi nécessite un budget d’environ 1 500 francs par mois. Pour un Rmiste qui perçoit 2 500 francs par mois, il faut faire un choix : ou chercher du boulot, ou remplir le frigo. Autrement dit, le niveau d’indemnisation est le socle fondamental à toute recherche d’emploi sérieuse.
Les systèmes d’indemnisation du chômage fonctionnent comme des paradoxes, puisqu’ils produisent rigoureusement le contraire de ce pourquoi ils ont été mis en place à l’origine.

Réalisé par Marie-Catherine Andreani

Repaires

Chômage en chiffres
En août 2003, le nombre de demandeurs d’emploi était de 2 410 400, soit une augmentation de 5,9 % en un an. Cela porte le taux de chômage à 9,6 % soit une augmentation de 0,5 point pour une année (chiffres Anpe). La progression du chômage touche davantage les femmes que les hommes. Les chômeurs de longue durée sont en augmentation. On reste, malgré ces chiffres accablants, loin de la réalité puisqu’il ne s’agit ici que des demandeurs inscrits à l’Anpe. La grande masse des entrées en chômage est consécutive aux fins de contrats à durée déterminée et de missions d’intérim.

Indemnisation
Les chômeurs indemnisés représentent aujourd’hui 40 % des inscrits à l’Anpe. Ils étaient 53 % en 1993. La précarité a augmenté de 1,5 million de personnes sans compter les conjoints et les enfants. Selon une étude de Combat pour l’emploi de 2000 : les Rmistes étaient 1,14 million pour 700 000 en 1993, 1,4 million de personnes étaient à temps partiel subi contre 800 000 en 1993, le total de l’intérim et des contrats à durée déterminée représentait 1,3 million de personnes contre 800 000. 5 millions de salariés étaient en dessous du Smic.

RMA
Le projet de Rma (revenu minimum d’activité) modifie profondément la loi de 1988 sur le Rmi. Il place les Rmistes sous la tutelle des collecti-vités locales. Les Rmistes seront tenus d’accepter un emploi de 20 heures minimum avec un CDD de 6 mois, renouvelable deux fois. L’employeur (public ou privé) touchera du département le Rmi net et reversera ces sommes à son « employé » augmentées de 130 euros pour atteindre un demi-Smic. Le Rmiste touchera 545 euros, mais ne cotisera que sur 130 euros. Il ne lui restera plus qu’à travailler 160 ans pour accéder au droit à la retraite ! Il n’aura pas plus droit aux indemnités journalières pour accident ou maladie. On appelle cela de l’esclavage ou du travail forcé !

Chômeurs privés de ressources
350 000 chômeurs vont être privés de ressources pendant plusieurs mois à partir de janvier 2004 du fait de la diminution de la durée et du taux d’indemnisation du chômage. En effet, l’application de cette mesure étant prévue avant même que la loi sur la décentralisation ne soit adoptée, les Conseils généraux n’auront pas la possibilité de faire face. De leurs côtés les CAF n’auront pas les fonds nécessaires pour payer à temps l’ensemble des Rmistes. Et on nous parle de lois sociales !

Payer le déficit
Selon l’Unedic, 856 700 allocataires sont concernés par la réforme de l’assurance-chômage. Certains vont perdre jusqu’à 14 mois d’indemnisation puisque cette réforme est rétroactive. Ce sont les chômeurs qui paieront ainsi le déficit de l’Unedic. Raffarin veut prendre dans la poche des chômeurs 150 millions d’euros en 2004 et 500 millions en 2005. Conséquence de cet accord signé seulement par la Cfdt, la Cftc et la Cgc, 1/3 des privés d’emploi deviendra Rmistes, 1/3 touchera les ASS (406 euros par mois), elles-mêmes soumises à des réductions (-40 % pour les plus de 50 ans), et 1/3 n’aura plus droit à rien du tout.