Le Manifeste - N° 1 - Novembre 2003

 

Editorial

Constitution européenne
Deux fois Non

La lamentable partie de poker menteur entre le gouvernement Raffarin et la commission de Bruxelles, cet été, à propos du dossier Alstom a montré sous un jour cru le caractère capitaliste de l’Europe. Qu’un vieux cheval de retour comme Giscard ait été chargé de rédiger un projet de constitution européenne parachève la démonstration. C’est sous le septennat de l’ancien président, au milieu des années soixante-dix, que les robinets du libéralisme se sont ouverts en grand, entraînant inflation et chômage et portant, par la suite, Mitterrand au pouvoir. La chose est entendue : il faut combattre la constitution de Giscard.
Mais tout comme un train peut en cacher un autre, un problème peut en dissimuler un second. Faut-il une constitution pour l’Europe ? On peut être tenté de se dire que dans le cadre d’une Europe des peuples, respectueuse des nations, il peut ne pas être mauvais de se donner une règle du jeu. Mais peut-on imaginer une Europe authentiquement sociale sans construction du socialisme dans les pays européens ? Nous sommes favorables à des coopérations qui peuvent prendre la forme de traités. Mais non pas à une constitution qui verrouille le jeu. Il est difficile d’imaginer que coha-bitent des constitutions nationales et une constitution européenne. Pensons que coexistent sur le vieux continent des Républiques et des monarchies !
Plus précisément, si le capital pousse aussi fort à la roue en faveur de cette constitution européenne, c’est naturellement en raison de son contenu libéral, mais c’est aussi pour se débarrasser de ce que les peuples d’Europe ont pu inscrire de positif dans leurs constitutions nationales au fil de leur histoire, notamment au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Pour prendre la France, les avancées du siècle des Lumières, les idéaux de 1789, les combats pour la laïcité se trouvent en opposition frontale avec l’arrogance de la haute finance et l’intégrisme des réactionnaires de tout poil. Les nations sont devenues des freins, pas seulement économiques mais aussi politiques, sociaux, idéologiques et culturels, pour le plein épanouissement du capitalisme financier. Tout projet de constitution européenne dans le contexte actuel ne peut qu’alimenter la charge contre ces pôles de résistance et les acquis populaires qu’ils essaient de préserver. De la part des libéraux, c’est logique. De la part des communistes, des progressistes, ce serait marquer les buts contre son propre camp.

Francis Combes, André Gerin, Freddy Huck