LE MONDE VA CHANGER DE BASE

Le Manifeste - N° 0 - Septembre 2003

 

Cuba : Hasta la victoria siempre ?

Suite à l'arrestation et la condamnation de plusieurs dizaines de « dissidents », une intense campagne de propagande et d'intoxication s'est développée sur les atteintes aux droits de l'homme à Cuba.

Il n'est pas question d'approuver une justice expéditive ou l'application de la peine de mort quelle que soit la gravité des charges. Mais une analyse correcte ne peut être détachée du contexte et doit prendre en compte les antécédents et la complexité de l'affaire.

Pas un enfant sans école

Face à tous ceux qui se sont alignés sur la pensée unique anticubaine, il faut rappeler que, depuis plus de quarante ans, Cuba subit un embargo économique, commercial et financier imposé par les Etats-Unis. Ce blocus sévère, renforcé par les lois Toricelli et Helms-Burton en violation du droit international, a été accompagné en permanence de menaces et d'agressions de toutes sortes (invasion armée, attentats, actes de terrorisme).
Malgré ce blocus, la révolution cubaine a tout mis en œuvre pour apporter le plus possible de bien-être social, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé. Pas un enfant sans école, sécurité sociale et soins gratuits pour tous les habitants, une recherche médicale reconnue sur le plan mondial. Dans
une étude comparative, l'UNESCO a souligné que les enfants cubains des deux dernières années du primaire avaient deux fois plus de connaissances en langage et mathématiques que ceux des autres pays d'Amérique Latine.

« Après l'Irak, Cuba »

Les États-Unis, qui viennent de s'arroger le droit d'imposer, par la force, à un pays, le régime qui convient le mieux à leurs intérêts et à leurs visées impérialistes, qui veulent établir leur domination sans partage sur le monde, ont franchi un nouveau degré dans leurs attaques contre la révolution cubaine. Grâce au contrôle des moyens d'information sur le plan mondial, à la manipulation de personnes et d'organisations à Cuba même, à des relais européens y compris dans des réseaux considérés comme amis de Cuba. Ils ont élaboré le projet Varela qui vise surtout, au-delà des grandes déclarations sur les libertés, à introduire l'entreprise privée et rétablir l'économie de marché à Cuba. Ils ont installé un nouveau chef de bureau des intérêts états-uniens à la Havane, James Cason, qui a déclaré en décembre 2002 que son but était de convertir sa mission en état-major de la contre-révolution. Depuis son arrivée, il applique son plan, il conseille, forme et finances des « opposants » (souvent déguisés en « journalistes »). Dans le même temps, les États-Unis refusent des visas aux Cubains qui veulent immigrer légalement et maintiennent en prison cinq Cubains condamnés sans preuve par un tribunal de Miami après un procès inique dont il faut noter que la plupart des médias français n'ont pas parlé. L'objectif des États-Unis est de créer les conditions qui pourraient justifier une agression directe contre Cuba. Cette menace n'est pas à prendre à la légère. Pour toutes ces raisons, les autorités cubaines ont estimé devoir mettre en œuvre les mesures qui s'imposaient, en application de leurs lois, dans une situation de confrontation où leur survie et leur indépendance sont menacées.

Un autre monde est possible

Nous ne sommes pas les inconditionnels des décisions du gouvernement de la Havane. Mais le devoir des communistes est de renforcer le soutien au peuple cubain. Il a droit à cette solidarité internationale car il est devenu, pour les peuples du monde entier, particulièrement en Amérique Latine (comme le prouve le récent accueil de Fidel Castro à Buenos Aires), un point de réflexion, un point d'ancrage et de référence pour toutes les forces progressistes, pour tous ceux qui luttent pour un monde meilleur.
Depuis plus de quarante années, le peuple cubain a montré qu'un autre monde est possible, certes avec des limites, des lacunes et des erreurs mais aussi avec des avancées qu'à notre niveau nous devons contribuer à consolider dans le cadre de notre lutte commune contre l'impérialisme et pour le socialisme. Comme l'a dit récemment Rigoberta Menchu, prix Nobel de la paix et ambassadrice des Nations Unies : « Les Cubains doivent continuer de rêver à leur patrie et personne n'a le droit de condamner cette île et son peuple ».

Jean-Paul le Marec