Le Manifeste - N° 0 - Septembre 2003

 

Les brèves

Le mot de l'été : « canicule »
Le mot canicule vient du latin « canicula », petite chienne. C'est le nom que l'on donnait dans l'Antiquité à l'étoile Sirius. Cette petite chienne d'étoile, qui faisait partie de la constellation du « grand chien » était (et est toujours) la plus brillante dans le ciel. Pour les astronomes la canicule était la période où Sirius, vue d'Égypte, se lève et se couche en même temps que le soleil, période qui marque le début de l'été. D'où, par extension, le mot canicule a fini par désigner une période d'intenses chaleurs.
À cette étoile, nous devons une expression qui fleurissait autrefois dans la presse écrite, mais n'est plus trop usitée aujourd'hui : « le point de vue de Sirius ». Adopter le point de vue de Sirius, c'est regarder les choses de loin, de si loin qu'on n'a pas à prendre parti… Mais à propos de la canicule, comme des autres sujets de l'actualité, il est clair que Le Manifeste n'adoptera pas le point de vue de Sirius.

Un temps de chien
La canicule cet été en France a été un vrai temps de chien, un temps à ne pas mettre un chien dehors. Ni un humain. Les après-midis, impossible de faire autre chose que la sieste. Pour les malheureux qui restaient au travail, il eut fallu imposer au patronat cette revendication : les deux heures de sieste obligatoires. Mais ce qui n'aurait dû n'être qu'un moment de grande chaleur qui aurait pris place dans les mémoires aux côtés de l'été 76, s'est transformé, à la faveur des incendies et de la vague de décès, en drame national. Bien sûr, les grands qui nous gouvernent ne sont pas responsables des aléas de la température. Et chaque été connaît ses incendies et ses décès. Mais ce que révèle cet été (s'il était besoin d'événements particuliers pour le révéler) ce sont les conséquences catastrophiques qu'ont entraînées les politiques d'austérité appliquées aux services publics par les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de la gauche plus ou moins plurielle.

Santé
11 435 morts de plus qu'en temps ordinaire, selon les pompes funèbres générales. 11 400 morts supplémentaires pendant les quinze premiers jours d'août, selon la commission d'enquête du gouvernement, essentiellement parmi les personnes âgées, vivant isolées ou dans des établissements spécialisés. Cette hécatombe met en lumière au moins deux problèmes. Tout d'abord,: l'insuffisance criante de lits dans les hôpitaux. À force de toujours calculer au plus juste, de toujours rogner sur les dépenses, on finit par être incapables de faire face à la moindre situation un peu exceptionnelle. Une simple saute d'humeur du thermomètre, dans un sens ou dans l'autre, se change en catastrophe. Ensuite, le scandale que constitue dans notre société la situation des personnes les plus âgées, lesquelles souvent sont livrées soit à la solitude, soit aux marchands de soupe qui font de l'argent sur le dos des familles. Compte tenu du vieillissement de la société et de l'augmentation du nombre des personnes âgées, ce problème est appelé à prendre de plus en plus d'importance. Les communistes et les progressistes devraient y réfléchir pour que soit menée une autre politique envers le quatrième âge.

Chômage : du bon travail !
Décidément, ce gouvernement est doué pour les statistiques. (Enfin… certaines. Parce que pour ce qui est des morts de l'été…). Dernier exploit en date : à fin août, dans un climat économique pourtant peu encourageant et marqué par l'annonce de nouvelles vagues de licenciements, la France compterait 5000 chômeurs de moins ! Petit « détail » : dans le même temps on apprend que les services de l'ANPE ont profité de l'été pour radier 15 000 personnes des listes de demandeurs d'emploi. Tous ceux qu'ils n'ont pas réussi à joindre en juillet ou en août ! Car il est bien connu que les chômeurs n'ont pas le droit de partir en vacances.
Avec de telles méthodes, la situation ne va pas manquer de s'améliorer.

Traitement inhumain des prisonniers
Amnesty international condamne la façon dont sont traités les prisonniers irakiens par les Américains disant qu'ils sont soumis à un traitement « cruel, inhumain ou dégradant, violant le droit international ». Près de l'aéroport de Bagdad, il sont parqués sous des toiles par une chaleur avoisinant les 50° sans possibilités de se protéger du soleil. Ils n'ont de l'eau qu'une fois par jour et ne peuvent se laver. Les Étatsuniens n'ont aucun droit à emprisonner qui que soit en Irak.

Viols et meurtres
L'organisation arabe des droits de l'homme au Caire accuse les forces d'occupation anglo-américaines d'avoir violé des dizaines d'enfants et assassinés des centaines de civils irakiens après leur arrestation. 57 cas de viols de femmes et 27 de viols d'enfants ont été recensés. 291 Irakiens auraient été exécutés juste après leur interpellation. Plus de 300 maisons de civils ont été détruites sous prétexte de rechercher des combattants.

Menaces de mort
Après un certain nombre de personnalités, comme Monique Chemillier-Gendreau ou José Bové, c'était au tour de Gilles Munier de recevoir, par la poste, une balle de 22 mm avec la mention « la prochaine n'arrivera pas par la poste »... Gilles Munier anime l'association des Amitiés franco-irakiennes qui intervient contre la guerre et l'embargo depuis de nombreuses années. Il a récemment lancé une pétition demandant un traitement décent des prisonniers irakiens, voire leur libération. Ce genre de menaces contre les militants anti-impérialistes est intolérable. Les coupables doivent être retrouvés.